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Déclaration d’accident du travail et réserves de l’employeur

Homme rédigeant une déclaration d'accident du travail avec un ordinateur portable

Par MARHI Faysal, formateur santé, sécurité et conditions de travail · Mis à jour le

EN BREF
L’employeur qui a connaissance d’un accident du travail doit le déclarer à la caisse primaire d’assurance maladie, en principe dans les quarante-huit heures, sous peine de sanctions (articles L. 441-1 et suivants du Code de la sécurité sociale, précisés par les articles R. 441-1 et suivants). Il peut assortir cette déclaration de réserves motivées sur les circonstances de temps, de lieu ou sur l’existence d’une cause totalement étrangère au travail ; ces réserves n’empêchent pas la déclaration elle-même, qui reste obligatoire. Le CSE est informé des accidents du travail survenus dans l’entreprise.

Sources : article L. 441-1 du Code de la sécurité sociale (Légifrance)

La déclaration d’accident du travail est une formalité simple dans son principe, mais dont les conséquences sont durables : elle ouvre la prise en charge au titre du risque professionnel et conditionne l’indemnisation du salarié. Les réserves motivées de l’employeur, souvent mal comprises, ne bloquent rien mais transforment l’instruction du dossier. Cette page décrit les obligations du salarié et de l’employeur, ce que déclenchent les réserves, ce qu’elles ne font pas, et la place du comité social et économique dans cette séquence.

Les obligations du salarié victime

Le salarié doit informer son employeur de l’accident, en principe dans la journée où il survient ou au plus tard dans les vingt-quatre heures, sauf impossibilité absolue, force majeure ou motif légitime. Cette information peut être donnée sur place, oralement, mais il est préférable qu’elle soit confirmée par écrit ou consignée par un tiers, notamment lorsque l’accident n’a pas eu de témoin direct.

L’information porte sur le lieu, les circonstances et l’identité des témoins. Un salarié qui se blesse en fin de poste et rentre chez lui sans rien dire fragilise son dossier : le lien avec le travail devient difficile à établir.

Le salarié fait ensuite constater sa lésion par un médecin, qui établit un certificat médical initial transmis à la caisse primaire d’assurance maladie.

Les obligations de l’employeur

Dès qu’il a connaissance de l’accident, l’employeur doit le déclarer à la caisse primaire d’assurance maladie dont relève la victime, dans le délai réglementaire de quarante-huit heures, dimanches et jours fériés non compris. La déclaration se fait par voie dématérialisée à partir des informations recueillies auprès de la victime et des témoins.

Trois points méritent d’être soulignés.

  • L’obligation de déclarer ne dépend pas de l’appréciation que porte l’employeur sur la réalité de l’accident. Un employeur qui doute doit déclarer, puis formuler des réserves. Refuser de déclarer l’expose à des sanctions et n’empêche pas le salarié de déclarer lui-même l’accident à la caisse.
  • La déclaration est due même en l’absence d’arrêt de travail. Un accident bénin doit être déclaré, ou inscrit sur le registre des accidents du travail bénins lorsque l’employeur remplit les conditions fixées par décret : présence permanente d’un médecin, d’un pharmacien, d’un infirmier ou d’une personne chargée de l’hygiène et de la sécurité titulaire des diplômes de secouriste et de sauveteur secouriste du travail, poste de secours d’urgence et respect de l’obligation de constituer le CSE. L’autorisation de la Carsat (caisse d’assurance retraite et de la santé au travail) n’est plus nécessaire : l’employeur doit seulement l’informer, sans délai, qu’il tient un registre, et aviser le CSE de ce recours.
  • L’employeur remet à la victime une feuille d’accident. Ce document permet au salarié de se faire soigner sans faire l’avance des frais, dans la limite des tarifs de la sécurité sociale. Il est valable jusqu’à la guérison ou la consolidation.

L’employeur informe également les instances internes concernées et, en cas d’accident grave, l’inspection du travail. Le comité doit être informé de tout accident survenu dans l’entreprise.

Les réserves motivées : ce qu’elles sont

L’employeur qui conteste le caractère professionnel de l’accident peut, dans le délai réglementaire qui suit la déclaration, adresser à la caisse des réserves motivées. Le mot « motivées » est essentiel : une réserve ne peut pas se limiter à une contestation de principe. Elle doit porter sur des éléments précis susceptibles de remettre en cause l’un des deux piliers de la qualification :

  • le temps et le lieu de travail, autrement dit la survenance de l’accident pendant l’exécution du contrat de travail et sous l’autorité de l’employeur ;
  • l’existence même du fait accidentel, c’est-à-dire d’un événement soudain à l’origine de la lésion.

Sont donc recevables des réserves du type : le salarié n’était pas présent aux heures indiquées, l’accident n’a été signalé que plusieurs jours après, la lésion décrite correspond à une pathologie déjà connue et sans lien avec l’événement décrit, aucun témoin n’a constaté l’événement à l’endroit indiqué. En revanche, une réserve fondée sur le comportement du salarié, sur son ancienneté ou sur l’appréciation portée sur son travail est sans portée.

Ce que les réserves déclenchent

Des réserves motivées obligent la caisse à mener une instruction contradictoire avant de se prononcer. Concrètement :

  1. La caisse ouvre une phase d’investigation et en informe la victime et l’employeur.
  2. Elle adresse aux deux parties un questionnaire portant sur les circonstances de l’accident, ou procède à une enquête, notamment lorsque l’accident a été mortel.
  3. Avant de statuer, elle met le dossier à la disposition des parties, qui peuvent le consulter et formuler des observations dans le délai qui leur est indiqué.
  4. Elle notifie ensuite sa décision de prise en charge ou de refus, motivée, à la victime et à l’employeur.

La caisse dispose d’un délai de trente jours à compter de la réception de la déclaration et du certificat médical initial pour statuer ou pour engager des investigations. Lorsqu’elle engage des investigations, le délai total est porté à quatre-vingt-dix jours. À l’expiration du délai applicable, le silence de la caisse vaut reconnaissance du caractère professionnel de l’accident.

Le salarié doit répondre au questionnaire de la caisse avec précision et consulter le dossier avant la décision. Cette phase est souvent négligée alors qu’elle est le seul moment où l’on découvre ce qui a été écrit par l’autre partie.

Ce que les réserves ne sont pas

C’est la source de confusion la plus fréquente, et le point sur lequel les élus sont le plus souvent interrogés.

Les réserves ne suspendent pas les soins. Le salarié continue à être soigné, à présenter sa feuille d’accident et à bénéficier de la dispense d’avance des frais tant que la caisse n’a pas statué.

Les réserves ne suspendent pas la prise en charge immédiate. Les indemnités journalières sont servies dans les conditions prévues pendant l’instruction ; la question posée est celle du régime applicable, professionnel ou non, pas celle de l’indemnisation elle-même.

Les réserves ne valent pas décision. Seule la caisse qualifie l’accident. Un employeur qui annonce au salarié que « l’accident n’est pas reconnu » parce qu’il a émis des réserves dit quelque chose d’inexact.

Enfin, les réserves ne sont pas une sanction et ne peuvent pas être présentées comme telle. Elles ne dispensent pas non plus l’employeur de déclarer l’accident, ni d’analyser les causes de l’événement.

Le rôle du CSE

Être informé des accidents

Le comité doit avoir connaissance des accidents survenus dans l’entreprise. Un point systématique en réunion, avec le nombre d’accidents, les postes concernés, les mécanismes et les suites données, permet de repérer les répétitions. La liste des accidents et les indicateurs associés font partie des informations que le comité peut retrouver dans la base de données économiques, sociales et environnementales.

Vérifier que la déclaration a été faite

C’est un contrôle simple et utile. Il arrive qu’un accident bénin ne soit jamais déclaré, puis que la lésion s’aggrave plusieurs semaines après, sans qu’aucune trace ne permette d’établir l’origine. Les élus peuvent demander en réunion la confirmation que chaque accident porté à leur connaissance a bien fait l’objet d’une déclaration, ou d’une inscription au registre des accidents bénins lorsqu’il existe.

Analyser les causes plutôt que la qualification

Le comité n’a pas compétence pour se prononcer sur le caractère professionnel d’un accident : cette qualification appartient à la caisse, puis le cas échéant au juge. Vouloir l’arbitrer en réunion conduit à des discussions stériles et détourne le comité de son travail utile.

Ce travail consiste à analyser les causes. L’enquête du comité, décrite dans notre page consacrée à l’enquête du CSE après un accident du travail, se conduit indépendamment de la position de la caisse et ne dépend pas de l’issue de l’instruction. Un accident finalement non reconnu comme professionnel peut parfaitement révéler une défaillance d’organisation qu’il faut corriger.

Le comité peut par ailleurs accompagner un salarié qui s’y perd, en lui rappelant les échéances, la phase de consultation du dossier et la possibilité de contester un refus, sans se substituer à lui.

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Questions fréquentes

L’employeur peut-il refuser de déclarer un accident qu’il juge non professionnel ?

Non. Il doit déclarer, puis formuler des réserves motivées s’il conteste la qualification. Le salarié peut de toute façon déclarer lui-même l’accident à la caisse.

Les réserves empêchent-elles le salarié de se faire soigner sans avancer les frais ?

Non. La feuille d’accident produit ses effets pendant l’instruction, tant que la caisse n’a pas statué.

Que se passe-t-il si la caisse ne répond pas dans le délai ?

Le silence gardé à l’expiration du délai applicable vaut reconnaissance du caractère professionnel de l’accident.

Un accident sans arrêt de travail doit-il être déclaré ?

Oui, sauf si l’employeur remplit les conditions pour tenir un registre des accidents bénins : il peut alors inscrire l’accident sur ce registre dans les quarante-huit heures, dimanches et jours fériés non compris, et il doit en aviser le CSE. Si un arrêt de travail ou des soins surviennent ensuite, l’accident doit être déclaré à la CPAM dans les quarante-huit heures de cette circonstance nouvelle.

Le CSE peut-il consulter le dossier de la caisse ?

Non. La consultation est ouverte aux parties, c’est-à-dire à la victime et à l’employeur, pas au comité en tant qu’institution.

Un accident de trajet suit-il les mêmes règles de déclaration ?

La déclaration obéit aux mêmes formalités, mais le régime de l’accident de trajet diffère sur plusieurs points, notamment quant aux conséquences pour l’employeur.

Pour aller plus loin : la formation SSCT des élus du CSE, obligatoire pour tous les membres, nos formations CSE et la formation CSE à Paris en inter-entreprises.

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