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Suppléants du CSE : les grands oubliés de la formation — et pourquoi c’est une faute

Formation CSE à Évry - Courcouronnes (91) - SSCT et Comité Social

Par MARHI Faysal, formateur santé, sécurité et conditions de travail · Publié le

Tribune signée Faysal Marhi, formateur SSCT.

Dans mes sessions de formation SSCT, il y a souvent une chaise vide. Celle du suppléant. On a formé les titulaires — eux, « ça sert » — et laissé les suppléants au vestiaire, au motif qu’ils ne siègent pas. Je vais le dire sans détour : c’est une erreur de droit, une erreur de stratégie, et une petite injustice qu’on reconduit d’élection en élection sans même y réfléchir.

Une erreur de droit, d’abord

La loi ne distingue pas. La formation santé, sécurité et conditions de travail bénéficie aux membres de la délégation du personnel du CSE — titulaires et suppléants, dès 11 salariés, cinq jours au premier mandat, financés par l’employeur. Pas « les titulaires d’abord, les suppléants si le budget le permet » : les deux, au même titre. J’ai détaillé l’obligation de formation SSCT des suppléants dans un guide complet ; la règle tient en une ligne, et pourtant je rencontre chaque mois des CSE où personne ne l’a appliquée.

L’argument du financement ne tient pas davantage : c’est l’employeur qui prend en charge la formation des suppléants comme celle des titulaires. Refuser de former un suppléant, ce n’est pas faire une économie, c’est priver un élu d’un droit.

Une erreur de stratégie, ensuite

Le suppléant n’est pas une roue de secours qu’on sort du coffre une fois par an. Il remplace le titulaire absent, vote à sa place, et surtout : il devient titulaire du jour au lendemain quand un élu démissionne, change d’entreprise ou abandonne en cours de mandat. Cela arrive bien plus souvent qu’on ne le croit — démissions et fins de mandat anticipées rythment la vie de la plupart des comités. Et ce jour-là, que se passe-t-il ? Un élu propulsé en première ligne, sans jamais avoir appris à lire un document unique ni à participer à une enquête. On lui demande d’être opérationnel immédiatement avec zéro jour de préparation. Aucune équipe sportive ne traite ses remplaçants ainsi ; les CSE, si.

J’ai vu l’inverse aussi, et c’est ce qui me fait écrire cette tribune : des suppléants formés qui épaulent les titulaires entre deux réunions, participent aux inspections, préparent les dossiers. Un suppléant qui connaît son rôle et ses droits double la force de travail du comité. Un suppléant écarté de tout s’étiole — et ne se représente pas.

Le bon réflexe : former tout le monde, en même temps

Ma recommandation est simple et je l’applique dans mes propres sessions : formez titulaires et suppléants ensemble, dans le même groupe, dès le début du mandat. Même culture commune, mêmes réflexes, mêmes mots. Le programme des cinq jours est conçu pour souder une équipe, pas pour trier des grades. Et si votre employeur traîne des pieds en expliquant que « les suppléants, ce n’est pas prévu », montrez-lui le Code du travail — puis faites chiffrer la formation pour l’équipe complète. En intra, le prix est au groupe : former les suppléants en même temps ne coûte souvent pas un euro de plus. L’argument économique vient de s’effondrer ; il ne reste que l’habitude. Les habitudes, ça se change.

Faysal Marhi, formateur SSCT et dirigeant de CENTRE AGRÉÉ CSE. Il forme environ 300 élus du CSE par an, en inter et en intra-entreprises, partout en France.

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