Un CSE attribue chaque année des chèques-cadeaux et des chèques-vacances aux salariés, sans avoir jamais formalisé par écrit les critères précis d’attribution de ces avantages. Un salarié s’étonnant de ne pas avoir bénéficié d’un avantage perçu par un collègue placé, selon lui, dans une situation comparable, interroge les élus sur les règles appliquées.
L’adoption d’un règlement intérieur encadrant l’attribution des activités sociales et culturelles, bien que non expressément imposée par un texte spécifique, constitue une bonne pratique fortement recommandée : elle permet de sécuriser juridiquement les critères retenus, d’assurer leur application uniforme à l’ensemble des salariés, et de limiter les risques de contestation, qu’elle provienne d’un salarié s’estimant lésé ou d’un contrôle de l’URSSAF portant sur l’exonération de cotisations sociales applicable à ces avantages.
Cet article présente l’intérêt de ce règlement et les modalités pratiques de son adoption.
Pourquoi est-il recommandé d’adopter un règlement intérieur des ASC ?
Un règlement intérieur formalisé présente plusieurs intérêts pour le comité. Il établit des règles transparentes et appliquées de manière uniforme à l’ensemble des salariés, ce qui évite les décisions arbitraires ou les interprétations divergentes selon les situations individuelles. Il sécurise juridiquement le comité en cas de contestation, un salarié pouvant plus difficilement invoquer une inégalité de traitement lorsque les critères d’attribution sont clairement définis et objectivement appliqués. Il facilite enfin la vérification, par l’URSSAF, du respect des conditions d’exonération de cotisations sociales applicables aux avantages accordés.
Quels critères le règlement intérieur des ASC doit-il respecter ?
Le règlement doit reposer sur des critères objectifs et pertinents, tels que les ressources du foyer, la composition familiale ou la situation de famille du salarié, à l’exclusion de tout critère discriminatoire. Doivent notamment être exclus les critères fondés sur la nature du contrat de travail, la catégorie professionnelle, le sexe, ou l’ancienneté du salarié, cette dernière ayant été jugée illicite par la Cour de cassation comme critère d’accès aux activités sociales et culturelles. Le principe général veut qu’il soit interdit d’établir une distinction entre salariés là où aucun texte ne le permet.
Comment ce règlement doit-il être adopté par le comité ?
L’adoption du règlement intérieur des activités sociales et culturelles résulte d’une délibération du comité, votée à la majorité des membres présents lors d’une réunion du comité, l’employeur ne participant pas au vote lorsque celui-ci porte sur la gestion des activités sociales et culturelles relevant de la compétence exclusive des membres élus. Une fois adopté, ce règlement doit être porté à la connaissance de l’ensemble des salariés, par exemple par voie d’affichage ou de mise à disposition sur les supports de communication habituels du comité.
Ce règlement doit-il tenir compte des plafonds d’exonération applicables ?
Oui. Le règlement gagne à intégrer les règles et plafonds fixés par l’URSSAF pour l’exonération de cotisations sociales applicables aux différents types d’avantages accordés par le comité, notamment les bons d’achat attribués à l’occasion d’événements particuliers, ces plafonds étant réévalués périodiquement. La prise en compte de ces plafonds dans le règlement permet d’anticiper le respect des conditions d’exonération et de limiter le risque de redressement lors d’un contrôle.
Ce règlement peut-il être modifié en cours de mandat ?
Oui, le comité conserve la faculté de modifier son règlement intérieur des activités sociales et culturelles en cours de mandat, selon la même procédure de délibération que celle ayant permis son adoption initiale, notamment pour tenir compte de l’évolution de la réglementation applicable, comme ce fut le cas récemment concernant le critère d’ancienneté. Une telle modification doit être portée à la connaissance des salariés dans les mêmes conditions que le règlement initial.
Tableau pratique — règlement intérieur des activités sociales et culturelles
| Élément | Contenu | Base légale |
|---|---|---|
| Utilité du règlement | Transparence, sécurisation juridique, anticipation des contrôles URSSAF | Bonne pratique |
| Critères admis | Ressources, composition familiale, situation de famille | Principe général |
| Critères exclus | Ancienneté, nature du contrat, catégorie professionnelle, sexe | Cass. soc., 3/04/2024, n° 22-16.812 |
| Adoption | Délibération des membres élus, majorité des présents, hors participation de l’employeur | Principe général |
| Communication aux salariés | Affichage ou mise à disposition sur les supports du comité | Principe général |
Ce que le CSE peut faire concrètement
- Recenser l’ensemble des avantages actuellement proposés au titre des activités sociales et culturelles.
- Définir des critères objectifs et non discriminatoires pour chaque type d’avantage proposé.
- Rédiger un projet de règlement intérieur des activités sociales et culturelles et le soumettre à délibération.
- Vérifier l’intégration des plafonds d’exonération URSSAF applicables dans le règlement adopté.
- Porter le règlement adopté à la connaissance de l’ensemble des salariés par les moyens de communication habituels du comité.
- Réviser périodiquement ce règlement pour tenir compte des évolutions législatives et jurisprudentielles.
- Conserver une trace écrite des délibérations ayant conduit à l’adoption ou à la modification du règlement.
- Répondre aux interrogations des salariés en s’appuyant sur les critères objectifs formalisés dans le règlement.
Erreurs à éviter
Ne pas laisser perdurer une gestion informelle des critères d’attribution des activités sociales et culturelles, source de contestations et de risques de requalification. Ne pas intégrer de critères discriminatoires, notamment l’ancienneté, dans le règlement adopté. Ne pas associer l’employeur au vote de ce règlement, qui relève de la seule compétence des membres élus du comité s’agissant de la gestion des activités sociales et culturelles. Ne pas négliger la communication effective de ce règlement à l’ensemble des salariés, une simple adoption en réunion étant insuffisante si elle n’est pas portée à leur connaissance.
Cas particuliers et limites
L’articulation entre le règlement intérieur des activités sociales et culturelles et le règlement intérieur du comité lui-même, qui organise son fonctionnement interne, mérite d’être clarifiée, ces deux documents poursuivant des finalités distinctes bien que complémentaires. La marge d’appréciation du comité dans la définition des critères de modulation reste encadrée par le principe de non-discrimination, ce qui peut nécessiter, en cas de doute sur un critère envisagé, de solliciter un conseil spécialisé avant son intégration au règlement.
Encadré utilisable — Check-list avant l’adoption du règlement des ASC
- L’ensemble des avantages proposés par le comité est-il recensé dans le projet de règlement ?
- Les critères retenus sont-ils objectifs et exempts de toute discrimination, notamment liée à l’ancienneté ?
- Les plafonds d’exonération URSSAF applicables sont-ils intégrés au règlement ?
- Le règlement adopté sera-t-il porté à la connaissance de l’ensemble des salariés ?
Questions fréquentes
Pourquoi le CSE doit-il rédiger un règlement des ASC ?
Pour sécuriser juridiquement les critères d’attribution, assurer leur application uniforme et anticiper les contrôles de l’URSSAF.
Comment adopter un règlement intérieur des activités sociales et culturelles ?
Par une délibération des membres élus du comité, votée à la majorité des présents, puis communiquée aux salariés.
Quels critères respecter pour attribuer les ASC ?
Des critères objectifs comme les ressources ou la composition familiale, à l’exclusion de tout critère discriminatoire, notamment l’ancienneté.
Le règlement des ASC protège-t-il le CSE en cas de contrôle URSSAF ?
Oui, il facilite la démonstration du respect des conditions d’exonération applicables aux avantages accordés.
Le règlement intérieur des ASC est-il obligatoire ?
Il ne résulte pas d’une obligation légale spécifique, mais constitue une bonne pratique fortement recommandée pour sécuriser la gestion du comité.
Le règlement des ASC peut-il être modifié en cours de mandat ?
Oui, selon la même procédure de délibération que celle ayant permis son adoption initiale.
Pour aller plus loin
Adopter un règlement intérieur clair et non discriminatoire pour les activités sociales et culturelles permet aux élus de sécuriser leur gestion et de répondre sereinement aux interrogations des salariés : la formation des élus du CSE apporte ces repères pratiques indispensables.
Sources
- Cass. soc., 3 avril 2024, n° 22-16.812 — illicéité du critère d’ancienneté pour l’accès aux activités sociales et culturelles, à intégrer dans la définition des critères du règlement. [Cour de cassation](https://www.courdecassation.fr). Utilisé pour la section sur les critères exclus.
- URSSAF — plafonds d’exonération applicables aux avantages accordés au titre des activités sociales et culturelles. [urssaf.fr](https://www.urssaf.fr). Utilisée pour la section sur les plafonds d’exonération.
- Bonne pratique de gestion des activités sociales et culturelles du CSE — intérêt et modalités d’adoption d’un règlement intérieur des ASC. Utilisée pour l’ensemble des autres sections de l’article.


